Chaque
jour les dirigeants de tous bords des pays industrialisés, relayés par
les médias nous laissent entendre que la « mondialisation »
représente un phénomène inéluctable, un fatalisme auquel devra se
soumettre la planète toute entière sous peine périr. Le
manutentionnaire de l’entreprise de Cambrai se retrouve du jour au
lendemain employé par un consortium pour lequel travaillent 10 000
personnes et peut être licencié sur décision d’un P.D.G. australien
qui ignore jusqu’à son existence.
Cette
mondialisation n’affecte pas seulement les secteurs industriels
classiques comme par exemple le secteur agroalimentaire, mais elle
s’attaque également au domaine culturel. Par l’intermédiaire du
« petit écran » omniprésent dans la vie quotidienne de
Monsieur « tout le monde », les adeptes de la mondialisation
standardisent « la création culturelle ». Divertir pour
domestiquer et faire consommer est le nouveau credo de la propagande libérale
d’aujourd’hui. L’asservissement des esprits est un enjeu politique
et économique qui ne se limite plus aux frontières d’un pays d’Europe,
mais prend des proportions de taille planétaire.
Les
Gargantua de la « culture de consommation » ne limitent
pas leur emprise au « petit écran » mais codifient également
toute la vie culturelle. Les jeux vidéos où règne en maître une
idéologie de la compétition et de la violence, l’envahissement de la
publicité, l’apologie constante des nouvelles technologies et les scénarios
aliénants des grosses productions cinématographiques sont les moyens
employés par les mondialistes pour arriver à leur fin, grâce à un
marketing extrêmement bien élaboré où participent psychologues et
sociologues embauchés pour atteindre une cible précise et faire passer
sournoisement dans les esprits le nouveau dogme libéral.
Ainsi,
en concentrant les moyens de production, de diffusion et de vente, les
nouveaux géants du libéralisme contrôlent toute la chaîne de
production du divertissement et maîtrisent le contenu des films, livres,
disques, journaux, émissions de télévision dans le seul but de vendre
en imposant leur philosophie de nivellement culturel. Il y a vingt deux
ans, André Vermet, libraire et éditeur indépendant prenait le risque de
publier un livre comme LA COLERE DE VIVRE dans lequel je dénonçais
« les noirceurs de notre temps ». A l’époque en France, les
libraires indépendants représentaient 50% du marché, aujourd’hui ils
ne sont plus que 18%. Deux livres sur trois sont publiés par les filiales
de deux nouveaux géants de l’édition et les ventes assurées par deux
autres groupes et les grandes surfaces. Les critères culturels de ces Pantagruel du
commerce sont simples : privilégier les produits qui se vendent en
grande quantité au détriment de la qualité et organiser un grand
supermarché de culture médiocre à bas prix. Ils transforment simplement
et méthodiquement la connaissance et les idées en produits de
consommation courante au vu et au su d’un « tout le monde »
qui ne réagit plus. Dans ma jeunesse, on dénommait ce « tout le
monde » : la majorité silencieuse.
La
situation semble irrémédiable et pourtant déjà un certain nombre de
citoyens commencent à réagir et à organiser ce que j’appellerai
« la résistance Culturelle ». Bien entendu, seule une minorité
clairvoyante a saisi le grave danger de cette concentration de la culture
entre les mains des affameurs
de la création sous toutes ses formes. De nouveaux espaces se créent un
peu partout en France pour diffuser de manière libre et en complète
autonomie les productions de petites maisons d’éditions, labels indépendants
et coopératives participant ainsi activement à un mouvement d’émancipation
social salutaire. L’Histoire ne nous a-t-elle pas appris que la résistance
et les révolutions sont toujours le fait de minorités ! Alors, tout
espoir n’est pas encore perdu.
Jean
TAVANTZIS (article paru dans Fil Info France - quotidien indépendant
d'actualités mondiales )