La nuit est une dame qui enfante mes vies. Chaque soir, elle
s'introduit chez moi, vêtue d'une robe de bal, avec à son cou
un grand collier d'étoiles.
Elle m'épie, guette mes
gestes, revendique impatiemment que j'entre dans ma peau.
La nuit est ma maîtresse. Je l'espère et l'attends.
Cosmique, elle me surprend, défiant les habitudes, et j'ôte
mes complexes, j'aiguise mes certitudes.
La nuit est une femme que j'aime toutes les nuits. Fidèle,
elle me revient. Séduite, elle me sourit.
La nuit est ma conquête. Je suis maître, esclave ou les deux
à la fois.
La nuit est ma seringue, ma drogue, mon héroïne. Elle
m'emmène à Montmartre, à Hambourg ou en Chine.
La nuit est ma révolte. Je hurle mes colères, j'exorcise mes
amours, j'aligne mes bannières.
La nuit me rend autre. Elle stimule mes cris, combat mes
solitudes, bouleverse mes défaites.
La nuit : je cesse d'être l'homme, je deviens le poète.
Jean
TAVANTZIS - Extrait de "L'insurgé de la nuit" -
EDITIONS ARCAM