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LE PAVE D'ESPOIR de Jean Héliosky

    Des millions de chômeurs et millions de sans logis, les pauvres de plus en plus pauvres, les riches de plus en plus riches : lieux commun et bilan objectif de la gestion mondialiste de nos gouvernants qui se prétendent encore socialistes lorsque le soir, derrière leurs nœuds papillons en soie noire, ils dégustent le caviar.

    Et puis, dans le courant d'une conversation, un cadre supérieur qui a peur, lance un mot. Un mot que l'on croyait à jamais rejeté dans les oubliettes de la mémoire collective.

    Et puis, dans l'ascenseur d'une Habitation à Loyer Modéré de la région parisienne, l'épouse d'un chômeur, qui fait des ménages au noir pour pouvoir donner à manger à sa famille, prononce le même mot.

    Et puis, chez un épicier discount, une cliente propre et bien vêtue, mais avec un trou à chaque chaussure, paye une bouteille d'eau minérale d'un franc en pièces de cinq centimes. Au cours d'une discussion colorée avec la caissière intolérante, elle brandit ce mot comme une menace.

    Et puis, il y a Raymond, le retraité malgré lui, que je rencontrais tous les matins au tabac en achetant ma mort quotidienne avant d'aller travailler. Il me demande d'aller chez lui pour me montrer quelque chose. L'appartement est humble, mais propre et parfaitement rangé. Il ouvre le buffet rustique de la salle à manger, en sort un tissu en laine beige qui enrobe une pierre :

    - Tu vois, me dit-il, il ne vient pas du mur de Berlin, mais du boulevard Saint Germain. J'avais trente ans et je l'ai conservé au cas où. Crois-moi, mon gars, bientôt, très bientôt, chuchote-t-il d'un air complice. Touche-le, ajoute-t-il, il te portera bonheur, je l'ai appelé "mon pavé d'espoir."

    Et puis, je suis là, au chômage depuis deux ans, sacrifié sur l'autel de l'argent par des "capitalistes sans scrupules", oh pléonasme ! Chaque jour qui passe accentue mon désespoir en stimulant ma haine.

    Une personne, c'est un utopiste. Deux, c’est deux fous. Mais cinq, c'est un groupuscule et c'est un début.

    La "Révolution" : une idée qui refait son chemin.

Jean HELIOSKY - Tous droits réservés