En août 1937, Albert Camus écrivait : " Chaque fois
que j'entends un discours politique ou que je lis ceux qui nous dirigent, je suis effrayé
depuis des années de n'entendre rien qui rende un son humain. Ce sont toujours les mêmes
mots qui disent les mêmes mensonges. Et que les hommes s'en accommodent, que la colère
du peuple n'ait pas encore brisé les fantoches, j'y vois la preuve que les hommes
n'accordent aucune importance à leur gouvernement et qu'ils jouent, vraiment oui, qu'ils
jouent avec toute une partie de leur vie et de leurs intérêts soi-disant vitaux. "
Soixante-sept
ans plus tard, rien n'a changé. Lorsqu'on prend tristement conscience aujourd'hui de
l'hypocrisie des propos des hommes politiques de tous bords et de tous pays, certains
allant même jusqu'à justifier l'injustifiable - les révisionnistes, entre autres ! - on
a trop souvent envie de vomir. Mais ce qui me révolte le plus, c'est le constat de
l'amnésie universelle et de l'indifférence pathologique qui planent sur le monde.
Sentiments soigneusement entretenus par une race générale et impersonnelle sévissant
comme un cancer dévastateur, toutes ethnies, toutes couleurs, toutes religions
confondues. Une race qui, enfermée dans les solutions aisées de la facilité, se moque
de tout ce qui n'atteint pas la matérialité terre à terre de sa petite existence
quotidienne, se moque de tout en général et en particulier du sort des autres. Cette
race, je l'ai baptisée "la race des cons", parce qu'il fallait bien lui donner
un nom pour la reconnaître. Et pour les hommes, cette race est aussi dangereuse que celle
des tyrans.
Jean TAVANTZIS-
Extrait de "La colère de vivre" - © Copyright Editions VERMET